Comment travaille-t-on « autrement » en Alsace ?
Principes et pratiques de la biodynamie
Les domaines engagés en biodynamie s’inspirent des cycles cosmiques, des extraits de plantes et de la vitalité des sols. Les tracteurs cèdent parfois la place au cheval, les pulvérisations alternent silice, tisanes, bouse de corne ou compost, à des moments clefs du calendrier lunaire. Les sols sont enherbés, les labours menés avec délicatesse pour ne pas bouleverser les champs microbiens essentiels à la vigne. Les vendanges sont manuelles, la sélection minutieuse : tout vise à renforcer le dialogue subtil entre la plante, l’homme et le lieu.
- Certification et organisation collective : L’Alsace figure parmi les régions les plus dynamiques de France sur ce terrain : 104 domaines certifiés Demeter en 2023 (Demeter France), près de 60 % des exploitations viticoles bio de la région poursuivent vers la biodynamie, selon l’Association Biodyvin.
La philosophie du vin nature
Côté vinification, la tendance nature pousse la démarche encore plus loin : levures indigènes, aucune chaptalisation, aucun intrant ou (parfois) une dose infinitésimale de soufre à la mise. Les élevages sont souvent prolongés, certains vins se font « macérés » (orange), d’autres sont commercialisés « non filtrés, non dégazés ». Le résultat : des vins moins standardisés, parfois un brin déroutants, mais vivants, expressifs et profondément ancrés.
En Alsace, la singularité réside aussi dans le choix de certains vignerons d’assumer des profils oxydatifs légers sur les blancs secs, ou de jouer la carte de la bulle nature avec des crémants bruts, sans dosage ni ajout de liqueur. Les macérations de Gewurztraminer ou de Sylvaner, rares il y a dix ans, connaissent un renouveau, portés par l’inspiration de l’Italie voisine.