Le bal des cépages : résistance, diversification et retours aux origines
Dans ce contexte, le choix des cépages devient stratégique. L’Alsace, traditionnellement attachée à ses sept cépages nobles (riesling, gewurztraminer, pinot gris, pinot blanc, muscat, sylvaner et pinot noir), explore aujourd’hui de nouvelles pistes.
Pinot noir, le grand gagnant du climat ?
Longtemps marginal, le pinot noir connaît un essor explosif. En 2023, il représentait plus de 12 % de l’encépagement régional contre moins de 5 % en 1980 (source : Agreste, statistiques agricoles), profitant d’un climat plus chaud qui favorise sa maturité et permet l’élaboration de rouges de plus en plus ambitieux. Les sols calcaires de la Haute Vallée de la Bruche, par exemple, donnent aujourd'hui naissance à des vins rivalisant parfois avec ceux de Bourgogne sur la fraîcheur du fruit, la tension et la complexité.
Le risque pour les blancs emblématiques
Si le pinot noir s’épanouit, certains cépages blancs souffrent. Le muscat, fragile face aux sécheresses, voit ses surfaces régresser. Le sylvaner, longtemps relégué au rang des vins de soif, retrouve les faveurs de certains vignerons grâce à sa capacité à garder de la fraîcheur – mais il réclame lui aussi des ajustements dans la conduite de la vigne.
Des expérimentations émergent :
- Introduction de vieux cépages alsaciens oubliés comme le klevener de Heiligenstein ou le chasselas, réputés plus tolérants au stress hydrique.
- Recherche de clones de riesling capables de mieux supporter la chaleur (projets menés avec l’INRAE – Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement).
- Test de variétés interspécifiques « PIWI » (résistantes aux maladies), prometteuses mais dont l’acceptation réglementaire et sensorielle reste un enjeu.